A Vic-Fezensac, la musique au cœur des arènes

Chaque année Le jazz et la salsa (anc. Mundo Latino) publie la programmation du festival Tempo Latino. Au moment où l’organisation s’interrogeait sur son avenir, j’accompagnais ma présentation d’un éditorial qui connût un certain succès.

Depuis 26 ans, Vic-Fezensac est la vitrine des musiques latines en France. Chaque année, son festival est attendu et observé. Tempo Latino donne le la d’un genre mineur qui rassemble un public fidèle depuis l’âge d’or de la salsa.

Las ! Le public semble égaré. La réduction de voilure annoncée par le festival en décembre dernier a suscité l’émoi des habitués. La démission de son directeur, Eric Duffau, a ravivé les inquiétudes.

Un succès en trompe-l’œil

« La magie de Tempo. » Au fil des ans, on avait fini par s’habituer à une ambiance digne de la Féria de Cali : de la musique partout dans les rues, des danseurs par milliers et un final en apothéose aux arènes.

Un tableau idyllique qui se fracasse contre le mur de la réalité. Comment expliquer que la star Angélique Kidjo, qui remplira sans nul doute le chapiteau du concurrent Marciac (10 000 places), ait pu jouer dans des arènes clairsemées ?

Un environnement durablement bouleversé

Des années durant, Eric Duffau a pointé du doigt une concurrence qui n’existait pas à la création du festival.

Vic-Fezensac, 3 468 habitants. 60 000 pendant le festival. Combien de temps les infrastructures pourront-elles accueillir une population de visiteurs en constante croissance ? Le ratio de dix danseurs pour un festivalier est-il le point de rupture dont parle l’association ? Réalisant l’impasse dans laquelle elle s’est engagée, la municipalité tente de contenir l’activité des cafetiers, déclenchant l’ire des danseurs.

Quant à la concurrence frontale avec Jazz In Marciac à quelques kilomètres de là, elle est tout bonnement incompréhensible.

Un héritage à préserver

Au-delà des questions économiques -essentielles-, les difficultés que rencontre Tempo Latino interrogent. Le manque d’appétence pour les concerts n’est-il pas le symptôme d’un échec collectif, celui de la difficulté des acteurs à raconter l’histoire de ces musiques ? Les musiques afro-caribéennes, ce sont des traditions, des croyances, des luttes et des douleurs.

Depuis un siècle la France, accueille les artistes venus de la Caraïbe, que ce soit les musiciens cubains, nos compatriotes antillais ou les jazzmen états-uniens. En tant qu’ambassadeur de la musique latine depuis plus de 25 ans, Tempo Latino s’inscrit dans cette histoire. Et si c’était par la transmission de cette histoire, sa capacité à rassembler autour de cette culture que Tempo Latino saura reconquérir le public ?

« Le cœur du festival »

Le nouveau directeur, Jean-François Labit, entend « renforcer le cœur du festival. » Celia Cruz, Wilie Colón, Rubén Blades, El Gran Combo de Puerto Rico, Los Van Van, Cachao, Maraca, Raul Paz, Yuri Buenaventura, Oscar D’León, Havana D’Primera, La 33, que de souvenirs au cœur des arènes… Tempo latino, c’est une histoire d’amour entre les musiciens et le public. Il ne tient qu’à chacun de prolonger l’idylle.

Article publié le 25 avril 2019 dans Le jazz et la salsa sur le Monde.fr.

Yannick Le Maintec

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